Harappa : la ville qui a donné son nom à une civilisation

En 1910, des ouvriers britanniques cherchant du ballast pour leur chemin de fer ont mis au jour quelques briques inhabituelles au Pakistan. Ce qu’ils ont trouvé a changé notre vision de l’histoire ancienne : une ville enfouie depuis quatre mille ans, qui allait donner son nom à l’une des plus grandes civilisations du monde.

En 1910, les ingénieurs britanniques qui construisaient une voie ferrée au Pakistan avaient besoin de ballast. Les ouvriers locaux, pragmatiques, se servaient dans un tas de briques qui émergeait d’une colline proche. Les Britanniques, intrigués par la qualité de ces briques — cuites, uniformes, manifestement anciennes — allèrent y regarder de plus près. Sous la colline : une ville entière, enfouie depuis des millénaires.

Cette ville s’appelait Harappa. Et sa découverte allait provoquer une révolution dans notre compréhension de l’histoire ancienne.

Une civilisation qui surgissait de nulle part

Dix ans après Harappa, John Faithfull Fleet mit au jour Mohenjo-daro. L’architecture était la même, les systèmes de poids et mesures identiques. La conclusion s’imposait : il ne s’agissait pas de cités-États isolées, mais d’une civilisation unifiée. Comme les deux sites se trouvaient sur l’Indus, on l’appela civilisation de l’Indus — et comme Harappa avait été la première découverte, on parla aussi de civilisation harappéenne.

Les fouilles qui suivirent — à Mohenjo-daro dès 1927 sous John Marshall, puis avec Mortimer Wheeler qui introduisit la méthode de fouille en carré — révélèrent quelque chose d’absolument sans précédent dans l’histoire de l’archéologie.

Une civilisation sans palais. Sans temples. Sans armée. Sans esclaves. Sans richesse excessive, sans pauvreté apparente, sans inégalités flagrantes. Sans statues glorifiant un roi ou un chef. Sans pyramides, sans ziggourats, sans monuments à l’ego de qui que ce soit.

Ce que les archéologues ont trouvé à Harappa et sur tous les autres sites, c’est une ville méticuleusement planifiée, avec des avenues nord-sud et des rues est-ouest, des maisons équipées de salles de bains et de systèmes d’égouts — pour les riches comme pour les pauvres —, une gestion de l’eau qui ferait encore rêver bien des villes modernes.

Ce que le nom Harappa cache

Le nom « harappéen » est devenu le qualificatif standard pour désigner les différentes phases de cette civilisation. Les archéologues parlent de période pré-harappéenne, de phase harappéenne précoce, mature et tardive. Mais ce nom est presque arbitraire : Harappa a été la première ville découverte, non la plus importante. Mohenjo-daro, Rakhi Garhi, Dholavira, Lothal sont tout aussi significatives.

Ce qui compte, c’est ce que toutes ces villes partagent : un modèle de société radicalement différent de tout ce qu’on connaissait jusqu’alors. Aucun autre exemple de civilisation aussi développée, aussi étendue, aussi prospère, sans pouvoir centralisé ni structure militaire visible. Comme je l’explique dans mon article Sapta Sindhu : les sept rivières, lesquelles et où, cette civilisation couvrait un territoire plus vaste que l’Égypte et la Mésopotamie réunies.

Harappa et la phase harappéenne mature

La phase harappéenne mature, qui s’étend de 2800 à 1900 avant notre ère, est celle où la civilisation atteint son apogée. Les villes déjà existantes sont transformées, adoptent de nouvelles dimensions de briques standardisées — 1×2×4 —, et de nouvelles villes apparaissent. À la fin de cette période, on compte environ mille villes sur l’ensemble du territoire.

C’est aussi la période où les exportations atteignent leurs records. Des routes commerciales terrestres, par caravanes, et maritimes, relient la civilisation des Sept Rivières à la Mésopotamie, à la péninsule arabique, à Bahreïn, à l’Iran. Les marchands arrivent de partout dans des caravansérails installés devant chaque grande ville. Une société de commerce, d’échange, de prospérité partagée — une image bien différente de l’époque guerrière que l’on a longtemps voulu lui attribuer.

À mon sens, c’est là le vrai legs d’Harappa : non pas un nom sur une carte archéologique, mais la preuve que des sociétés humaines complexes et prospères peuvent exister sans domination, sans empire, sans gloire militaire. Une leçon que notre époque peine encore à entendre.

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By Hervé Le Bevillon

Traducteur du Rig Veda - Je n'ai pas suivi le cursus habituel des sanskritistes du 19 ème et du 20 ème siècles, par contre j'ai bu le soma, et toute la différence est là. Cette traduction m'a permis de comprendre comment était la civilisation dont le rig veda était le livre (oral).

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